Présence magazine
organisation édition récente parutions antérieures abonnement

La fin du sapin de Noël par Emmanuelle Speer

À la même période l’an passé, la juge ontarienne Marion Cohen a fait la une de tous les médias. Pourquoi? Elle a banni l’arbre de Noël de l’entrée d’une Cour provinciale, sous prétexte que ce dernier est un symbole chrétien pouvant offenser des croyants appartenant à d’autres religions. A-t-elle sonné la fin de l’arbre de Noël? Et allons-nous l’accepter? Questions pour l’instant sans réponses.

Avec cette décision, la juge Cohen ne s’est pas fait des amis: elle s’est classée dans le top 101 des personnes détruisant le Canada («101 people who are screwing up Canada list» sur le blogue http://101people.blogspot.com). Même le Premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a qualifié l’acte de «malheureux » aux journalistes de CBC (CBC News, 14 décembre 2006), précisant que ce dernier va à l’encontre d’une province pluraliste et multiculturelle qui accepte les traditions de chacun.

UN SYMBOLE CHRÉTIEN

Le débat s’est par la suite centré sur la question, si oui ou non l’arbre de Noël est d’origine chrétienne. Selon le docteur Robert Buckman, président de l’Association humaniste du Canada, le sapin de Noël se classe plutôt comme étant un «symbole séculier d’une période festive» (CBC News).

Si nous nous fions à l’encyclopédie Wikipekia dans Internet, cette tradition du sapin est «l'adoption par les chrétiens d'une idée païenne que les arbres à feuilles persistantes représentent le renouveau de la vie» (fr.wikipedia.org; sapin de Noël). On y donne également une définition énoncée par le pape Jean-Paul II lors de l’Angelus dominical du dimanche 19 décembre 2004: «… on trouve souvent à côté de la crèche le traditionnel sapin de Noël, une tradition elle aussi très ancienne, qui exalte la vie. En hiver, le sapin toujours vert devient la marque de la vie qui ne meurt pas. C'est habituellement au pied de l'arbre de Noël décoré que sont déposés les cadeaux. Ce symbole est tout aussi parlant en clef de lecture chrétienne car il rappelle l'Arbre de la Vie, image du Christ, don suprême de Dieu à l'humanité.»

MAUVAISE FOI

«Mauvaise foi» est le titre d’un article du célèbre chroniqueur Richard Martineau dans le Journal de Montréal, sur les symboles religieux au Québec (Chronique Franc-parler, Le Journal de Montréal, 27 septembre 2007). Celui-ci déplore le manque de cohérence des Québecois entre leurs symboles religieux et ceux des autres religions. Au lieu d’assumer leur attachement à ces derniers et à la religion catholique, ils cachent le tout: «Le crucifix n'est pas un signe religieux, il fait partie de notre patrimoine culturel... » De la pure mauvaise foi, crie Martineau.

Plusieurs Québecois rechignent sur le fait que l’arbre de Noël en soit rendu à se faire appeler «arbre de l’amitié». Dans les salons, autour d’une bière, dans les réunions de famille, les critiques fusent. Mais peu prennent position sur la place publique. La peur de paraître raciste, la peur de paraître intolérant, la peur de paraître de droite semblent mener. Comment faire alors? Car plusieurs estiment que la société québécoise entière est en jeu, de même que son histoire, passée, présente et future et qu’il nous faut prendre position sur le sujet.

DE LA FIERTÉ

L’exemple de l’arbre de Noël démontre que nous sommes gênés de faire paraître notre religion en public. La commission Bouchard-Taylor, sur les accommodements raisonnables, aura peut-être l’opportunité de redonner le droit et la fierté aux Québécois d’assumer leur religion et leurs symboles. De façon à ce que nos sapins de Noël restent. Avec fierté.