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Que feriez-vous sans télévision? par Emmanuelle Speer
Imaginez dix jours sans télévision, sans ordinateurs, sans jeux vidéo pour votre famille et vous. Que feriez-vous? Auriez-vous de la difficulté à tenir le coup? Et réussiriez-vous à vous abstenir malgré le fait qu’un membre de votre famille ait flanché? Un défi de taille pour bon nombre de gens. Un défi que plusieurs élèves d’une école de Saint-Basile-le-Grand ont tenté de relever. Témoignages d’une bataille difficile avec un ennemi de taille.
Les études sur les effets de la télévision et des jeux vidéo sur les enfants sont claires: une trop grande exposition à la télévision accroît la peur, désensibilise à la violence et augmente le comportement agressif (site du Réseau éducation-médias: www.media-awareness.ca). C’est ce que les enseignants à Saint-Basile ont voulu contrer. Car les enfants passent en moyenne 25 heures par semaine devant les écrans. Les instituteurs ont donc incité leurs élèves à faire une cure de désintoxication pendant dix jours, question de les sensibiliser à l’influence des médias.
DIX ANS ET ACCROS
L’émission Enquête de Radio-Canada a présenté le reportage «Dix ans et accros (le défi de la dizaine)» relatant cette aventure, le 10 janvier dernier. Tout un choc de voir ces jeunes de dix ans déjà accros à la télé et aux jeux, matin, midi, soir. Ils en sont complètement dépendants. La direction et les enseignants de l’école ont donc travaillé durant deux mois afin de préparer les enfants à relever ce défi.
Comment les jeunes ont-ils vécu les premiers jours? «J’avais mal au coeur et au ventre» témoigne une jeune fille; «ce n’est vraiment pas facile. La télé est ouverte et moi je n’ai pas le droit de l’écouter» raconte un autre. À prime abord, cela a créé tout un vide, pour ces enfants qui sont habitués à passer la majorité de leur temps libre devant les écrans. C’est pourquoi l’école et les parents ont dû s’organiser et se dépasser dans la planification de diverses activités durant les dix jours, de façon à éviter que les enfants allument de nouveau.
SE DÉBROUILLER
Certains enfants l’ont avoué: ils ont triché. Quelques minutes ici, une émission préférée par là. Le défi était d’autant plus grand car peu de parents ont été solidaires à la cause, eux-mêmes ne voulant pas se priver! Comme le faisait remarquer une enseignante, les parents doivent reprendre le contrôle, se responsabiliser et jouer leur rôle de parents, au lieu de prendre la voie facile et de placer leurs enfants devant la télé.
Malgré les embûches et les difficultés, des irréductibles sont tout de même allés jusqu’au bout et se sont surpassés dans la recherche d’alternatives. Ils ont réappris à jouer seuls, à jouer entre eux, à faire des activités nouvelles, à être plus actifs physiquement. Ils ont moins mangé de malbouffe, ils sont sortis plus souvent à l’extérieur, ils ont consacré plus de temps à leurs devoirs. Des parents ont même saisi l’occasion pour se rapprocher de leurs enfants, pour passer plus de temps auprès d’eux.
DES RÉSULTATS MITIGÉS
Oui, la première chose que les enfants ont faite à la onzième journée, c’est d’ouvrir la télé. Les habitudes de consommation sont revenues aussi vite qu’elles sont parties. Le manque d’empathie et le penchant pour la violence en classe et dans les cours d’école sont également revenus dans la vie de tous les jours. Peut-être que les effets de ces dix jours feront une différence à long terme. Il est toutefois certain que plusieurs élèves en sont ressortis plus conscientisés. Des parents aussi. Car après un mois, une famille participante n’avait toujours pas réouvert leur téléviseur les jours de semaine. «Je ne vous oblige pas à le faire mais moi, ça a changé ma vie» confiait un des fils. L’expérience des dix jours leur a permis de faire le choix de prioriser le temps en famille plutôt que de consacrer leur temps à la télé et aux jeux. C’est donc que l’expérience n’a pas été vaine!
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