Présence magazine
organisation édition récente parutions antérieures abonnement

Les voies sacrées propos recueillis par Marie Riopel

Parcours singulier que celui de Natalie Choquette. Dès son tout premier lever de rideau d’ailleurs… La diva est née à Tokyo alors qu’un typhon se déchaînait sur le Japon. Voilà qui – hypothétiquement – lui dessine un futur pas comme les autres. Portrait d’une soprano dont le coeur n’a d’égal que la voix, les deux portent loin…

Natalie Choquette, une soprano dont le coeur n’a d’égal que la voix.

C’est une sage-femme qui l’a mise au monde dans un endroit tout inondé. On lui a raconté qu’elle pleurait très fort. «C’est peut-être là que j’ai développé les très bons poumons qui m’ont permis de devenir chanteuse.» Fille de diplomate, Natalie a déménagé son enfance aux trois ans un peu partout sur la planète… «Après le Japon, nous avons vécu à Ottawa puis au Pérou, à Boston, à Rome, à Montréal et à Moscou. Puis, je suis rentrée au Québec pour étudier la musique.»

Très tôt, Natalie découvre donc les différentes façons de vivre en ce bas monde. Questionnée par la journaliste d’un quotidien sur la pertinence de ce genre de vie pour une enfant, elle répond sagement: «Je crois que tout le monde apprend la même chose mais pas au même moment.» Sa mère est loin de l’image «dame d’ambassade» qu’on pourrait imaginer. Le contraste avec les autres femmes de dignitaires est même surprenant. Mère et fille ont des fous rires en observant tout le gratin faire des manières. «L’important pour maman, c’était de créer de la magie. Quand j’étais toute jeune, elle jouait beaucoup avec ma sœur aînée Marie-Claude et moi.» L’enfance défile et la curiosité des petites Choquette reste sans cesse stimulée.

PASSION POUR L’ITALIE

Un point du globe se démarque dans ses souvenirs de fillette. «De tous les pays parcourus, je me suis vraiment attachée à l’Italie où j’ai vécu de l’âge de neuf à douze ans.» C’est d’ailleurs en ce berceau de la civilisation qu’elle découvre l’opéra à onze ans. Comme le travail du papa diplomate l’oblige à assister à plusieurs événements artistiques, il emmène souvent sa petite famille. «Un jour, j’ai eu devant moi Aïda, le plus spectaculaire des opéras, aux thermes de Caracalla. Un endroit magique, vestige de l’empire romain. Je me suis dit à cet instant qu’un jour, je chanterais comme eux. Plus qu’une passion, c’est devenu une obsession.»

Avec sa grande sœur, elle écoute sans arrêt des disques La Mélodie du bonheur, Sœur Sourire, etc. «On chantonnait les textes qu’on savait par cœur.» Côté musical, elle a commencé par étudier le piano au États–Unis puis à Rome. À 15 ans, alors à Moscou, elle suit des cours de chant avec un professeur Russe. «J’allais aussi souvent que possible à l’opéra, au ballet, au théâtre; la culture ne coûtait presque rien sous Brejnev.»

C’est pourtant à sa tante Pauline, mère de l’homme politique, Jérôme Choquette, qu’elle doit ses cours de chant lyrique. «Elle me trouve une belle voix et comme Marie-Claude entre à l’université et que je ne veux pas rester seule à Moscou, ma tante offre de nous accueillir dans son sous-sol.» Un long intermède se produit pourtant autour de cette époque. L’adolescente en vient à adopter une fausse conception: devenir artiste ne serait pas très utile à la société. Natalie rêve donc d’être infirmière mais ses notes en chimie ne sont pas assez bonnes. Elle étude la musique, obtient un bac et croit se rabattre en musicothérapie. «Je dois alors partir étudier à Vancouver, mais je tombe amoureuse du père de Florence, Hany Khoriaty, un compositeur de musique populaire originaire du Caire.»

L’amoureux la pousse au chant, elle se laisse convaincre. «J’avoue avoir toujours chanté plus par amour humain que par amour de l’art…» Elle chante au sein du chœur de l’Opéra de Montréal, dans les églises et mêmes dans des boîtes étranges comme la Maison Hantée et le Baron Fou. «Ce fut mon école, mon tremplin… je n’ai jamais cessé de chanter depuis.» En 1993, lors d’un voyage en Suisse, je décide d’allier son l’humour à l’opéra. Le personnage de Diva est né. «La Diva me permet de m’éclater. Depuis que je suis toute petite que j’aime rire. Ça dissout toutes les tensions de la vie.»

MÈRE ET MONDE…

Natalie a trois filles (les deux dernières sont les filles du musicien Éric Lagacé). Elle a délaissé les voyages outre-mer pour le long et plus exaltant voyage de mère. Du moins a-t-elle remisé son passeport, le temps de voir grandir un peu Florence son aînée, qui suit ses traces. En effet, à 25 ans, Florence K fait aujourd’hui fureur partout où elle chante. Elle a d’ailleurs remporté le Félix «Album du monde» l’an dernier, alors que sa mère gagnait le Félix «Classique – vocal». Sa seconde fille n’est pas en reste, Éléonore, onze ans, a déjà participé au spectacle Décembre, du groupe Québecissime. Elle a aussi fait des back-vocals pour sa grande sœur et chanté sur quatre albums de sa mère. «Elle comprend déjà qu’être artiste signifie donner de la joie aux gens, rayonner l’énergie créatrice et la projeter à tous. C’est important pour moi de leur transmettre le goût d’aider les gens à travers leur talent.»

Bien que plus réservée, plus timide, la benjamine Ariane, huit ans et demi, a aussi l’oreille musicale. Elle aime jouer du piano et chante tout le temps à la maison. Chez Natalie, évoluer en musique est aussi naturel que respirer. «Faire de la musique ensemble constitue une excellente façon d’avoir une vie de famille.» Elle n’a pas eu à forcer ses filles dans cette direction, elles s’y sont dirigées spontanément.

«La Diva me permet de m’éclater… Ça dissout toutes les tensions de la vie.»

Natalie est aussi grand-mère. Florence a donné naissance à Alice Rose en août 2006. «Nous sommes de grandes complices, on s’adore. Je suis la gardienne privilégiée de ma petite fille, et je suis sûre que Florence me préfère auprès d’Alice Rose dans les premiers rangs de ses spectacles.» Natalie a toujours aimé la présence des enfants. Elle dit renaître à leur contact. «Ils me fascinent, ils sont pleins de promesses, de force et de vérité. Ils portent en eux tout le merveilleux qui les attend.»

UN TOUR DU MONDE IN QUÉBEC

Depuis plusieurs années, Natalie œuvre à sa manière pour la Fondation québécoise du cancer. Trois albums sont issus de cette collaboration et un coffret les réunissant, Lux Aeterna, est sorti en novembre 2007. Les 55 pièces musicales de ce coffret se retrouvaient sur les disques Aeterna, Aeterna Romantica et Aeterna Celesta qui sont sortis au cours des dernières années.

Le premier des trois avait vu le jour après qu’une de ses collègues eut perdu son père. La chanteuse confiait à un journal: «Ce disque est pour moi une façon de célébrer la vie avec tout ce qu’elle comporte. Les joies, les peines et les souffrances. Je veux qu’il donne la force de vivre.» Grâce aux trois albums et aux concerts Aeterna, 30 000 $ ont été amassés pour la Fondation. Ce projet musical a également permis à Florence K. et à Éléonore de chanter avec leur maman. Une grande fierté maternelle fait vibrer sa voix quand elle parle d’elles: «Elles m’impressionnent mes trois filles. J’ai du mal à les fixer du regard sur scène car ce bonheur me fait pleurer.»

Au moment de l’entrevue, elle cogitait sur son nouveau spectacle, ce qui l’empêchait de dormir. «Je prépare le Diva World Tour in Québec. Les idées viennent souvent à trois heures du matin, ça mijote. Ce que je sais c’est que j’apporterai le monde avec moi sur scène. Tous mes récents coups de cœur s’y retrouveront.» Dans chaque pays où elle a donné des concerts, Natalie demande au chef d’orchestre local de lui montrer une chanson que le peuple adore. Elle la chante autant par respect pour ses hôtes que par amour du folklore. «C’est touchant pour un public de voir qu’on fait l’effort d’apprendre à s’exprimer dans sa langue. Comme je veux être près des gens, c’est un minimum.»

Ceux qui n’ont pas vu la Diva Fettucini ignorent qu’elle monte sur le piano, fait toutes sortes de pirouettes et se met même sur la tête pour entonner un aria. Une turbo de mélodies et de rires. Et que dire de ses costumes flamboyants. Sur chaque robe, sa costumière et amie Rossignol brode ou écrit un message d’amour et de paix. «Chaque fois que je revêts une de ses créations, je m’enrobe d’amour. Par exemple, sur une de mes tenues de scène ce verset de Khalil Gibran: "Suis-je une harpe que la main du Puissant puisse me toucher ou une flûte que son souffle puisse me traverser"», confie-t-elle à un magazine.

La diva a une relation haute en couleurs avec sa costumière. Cette dernière lui a même inspiré un spectacle, en lui disant qu’on parle toujours des grands compositeurs mais jamais de leur femme. Natalie a fouillé leur correspondance et le spectacle est né. Transformée en Madame Bach, Madame Puccini, Madame Mahler, etc. grâce aux créations «totalement flyées» de sa costumière, elle raconte: «Nous avons pensé à des costumes de plastique, inspiré des poupées de carton qu'on habillait avec des vêtements de papier interchangeables.» Le résultat était très beau.

DONNER UN PEU DE SOI

La chanteuse pense qu’il lui faudrait plus d’une vie pour mettre en branle tous les projets qu’elle a en tête. «Chaque matin en me réveillant, j’ai l’impression de n’avoir rien fait encore… ça me stimule à créer. Même si certains jours on pense avoir fait le tour, on oublie qu’il y a tellement à découvrir en 24 heures.» Alors imaginez une de ses années!

En 2008, elle s’est donnée en concert au Japon, à Hong Kong, au Portugal, aux États-Unis et en Allemagne. L’an dernier sa tournée l’a amenée à travers tout le Québec, dans l’Ouest Canadien, en Espagne, et en Allemagne avec le cirque Roncalli. D’autres spectacles sont prévus sous peu au Québec à son agenda (voir encadré).

Par ailleurs, Natalie carbure à l’effet papillon où les petits gestes humains, ont de grands effets. «Juste le sourire offert à une personne qu’on croise peut changer sa journée.» Ce désir d’être utile est au cœur d’un nouveau projet entre Natalie et ses deux plus jeunes. Comme elle ne peut donner autant à ses filles durant sa phase de création, elle tente de les y inclure. Ainsi, elle s’est mise à la guitare électrique et a offert le micro à Éléonore et à Ariane. «Nous avons décidé d’un projet social. Nous préparons un beau petit spectacle familial pour aller égayer les personnes qui séjournent à l’hôpital. Il devrait être prêt cet automne. Je veux leur apprendre qu’il est important d’essayer de faire sa part, d’aller au-delà du "cute" et de donner tout ce qu’on a dans les tripes.» Elle évoque ses visites à sa mère à l’hôpital. Une voisine de lit avait perdu la mémoire. Elle était seule. «Je me suis approchée d’elle pour lui chanter Le temps des cerises. Et là, elle s’est mise à chanter avec moi. Quel beau moment nous avons partagé.»

Sa mère, habite au-dessus de chez elle maintenant. Et du haut de ses 77 ans, elle est très forte. «Tant qu’elle est coquette, je me dis que ça va bien.» Son père, en grande forme, a aussi un appartement à Ottawa. Il fait du vélo, accompagne les filles à l’école, pellette durant l’hiver. «Bref, il va très bien. Il aurait pu être comédien s’il n’avait pas été diplomate. C’est de lui que me vient mon côté théâtral.» De sa mère, elle a hérité d’une nature méditative, visuelle et réservée. «Mes parents sont encore très attachés l’un à l’autre, ils se soutiennent. Après 53 ans d’union, je trouve ça très beau.» Grande observatrice des êtres, Natalie aime les personnes âgées. «Les enfants sont élevés, la sagesse est installée. On a élevé les enfants, on a fait plein d’expériences, il reste maintenant à montrer comment apprécier la vie.» Elle appelle même ça l’ère de l’Amour.

VOIE SACRÉE

Natalie Choquette croit. En l’humanité surtout. «Il y a en chacun de nous assez d’amour et de possibilité pour réinventer le monde.» Elle qui aime les musiques de partout, a récemment visité un orphelinat au Pérou. Elle songe à faire quelque chose avec les enfants qui y vivent au son de la flûte de pan péruvienne. «J’ai toujours plein d’idées… Je suis en train de faire des choix, mais quand tout nous passionne, c’est dur de choisir.»

La foi? Oui d’accord, si elle peut rendre la vie ici-bas plus optimiste. «C’est moins pénible de croire qu’il y a une continuité après… par contre, je ne saurais décrire ce qu’elle comporte. Pour moi, l’éternité c’est tout l’amour qu’on a donné tout au long de notre vie et qui continue de vivre dans le cœur des gens qu’on a aimés ou à qui on a fait du bien, même après notre mort.» Faire vibrer tant de musiques sacrées dans sa propre cage thoracique ça laisse des traces, mais pas de carcan. «Je ne suis l’esclave ni de l’art ni des conventions. Je suis au service de l’être humain en général et du mien en particulier pour me faire plaisir,» dira-t-elle un jour pour expliquer sa vision personnelle des choses.

Elle qui parle couramment l'italien, l'espagnol et l'anglais enchaîne: «Je me sens à l’aise avec les autres quelles que soient leur foi, leur nationalité, leur langue ou leur couleur. Mon désir est de me rapprocher de l’humain, jamais de m’en éloigner. Fondamentalement, nous avons tous les mêmes besoins; manger, dormir et aimer.»

Sa grande foi en la vie transporte sa voix partout. Comme au 49e Congrès eucharistique international de Québec, qui accueillait plus de 15 000 congressistes, une cinquantaine de cardinaux et des délégations d’une soixantaine de pays. C’est Natalie Choquette et sa fille Florence K qui préparaient l’assistance de leurs voix célestes au terme des activités, le 22 juin dernier. Après, était projetée sur les écrans géants installés sur les Plaines d’Abraham l’homélie du pape Benoît XVI prononcée en direct de Rome. Reconnaissante pour tout ce qu’elle a, Natalie Choquette tient à rester une femme toute simple. «Il faut juste essayer d’aimer la vie, de se tenir aux aguets de la beauté de chaque jour.»