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Pour mieux connaître les Sikhs par Xavier Gravend-Tirole
Le kirpan (cette dague cérémoniale) ou le turban (le pagri) font plus parler des Sikhs que le seva (le service désintéressé aux autres) ou l’extraordinaire égalité qui règne entre femmes et hommes de la communauté…
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| Le plus important Gurudwara (temple sikh) de la région montréalaise se trouve à Lasalle, pas loin du Centre Angrignon. |
Jaiseema n’est pas la seule à déplorer ce manque de connaissances sur sa religion. Née à Montréal et poursuivant sa maîtrise en toxicologie à l’université de Montréal, cette jeune Sikhe est heureuse de parler de sa vie spirituelle: «Ma religion m’aide à la fois à devenir une meilleure personne et à être plus humble. On n’a jamais fini d’apprendre quand on est sikh.» Rencontrée au temple sikh de Lasalle, elle travaille la musique et les écritures saintes sikhes avec de jeunes étudiantes tout sourire.
DEVENIR SIKH
Derrière des allures parfois spartiates, la pensée sikhe est imbibée d’humanité: le service, le développement spirituel et la justice pour le monde sont au cœur de ses principes. Guru Nanak (1469-1539), fondateur de cette religion, expliqua que tous, en tant qu’enfants de Dieu (surnommé Waheguru), sont par conséquent égaux: ni le statut social, ni le sexe, ni la race, ni même la religion ne doivent justifier une quelconque oppression ou injustice à l’égard des individus.
Cette insistance sur l’égalité des êtres humains était révolutionnaire à une époque où les castes, dans les sociétés indiennes, allaient de soi pour la majorité, et où l’infériorité des femmes était pensée courante également. Ainsi chez les Sikhs, n’importe qui parmi les baptisés adultes (10 % de la communauté environ), homme ou femme, peut présider une cérémonie en la présence des écrits sacrés, le Guru Granth Sahib, devant la congrégation.
Devenir sikh, comme le nom l’indique, c’est devenir un disciple, un étudiant de la vie, bref, une sorte d’apprenant spirituel. La discipline sikhe suppose entre autre de gagner sa vie honnêtement (kirat karna), de garder Dieu à l’esprit en tout temps et de le prier à l’aube comme à n’importe quel autre moment de la journée (nam japna et nam simran). Le partage avec les autres (vand chakna) et avec sa communauté à laquelle il est invité à verser 10 % de son salaire (daswand) sont également essentiels, comme la protection des pauvres, des faibles et des opprimés.
Le seva, ce service désintéressé rendu à tout être humain, est certainement l’un des préceptes les plus importants de la foi sikhe. Bhai Kanhaiya (1648-1718) l’a superbement illustré lorsque, sur un champ de bataille où gisaient Sikhs et Moghols en 1704, il est allé donner à boire aux ennemis comme aux siens. De fait, il précéda de 170 ans les intuitions d’Henri Dunant, père fondateur de la Croix-Rouge qui agit selon le même principe.
Enfin, le respect des autres religions demeure un élément central de la foi sikhe. Aucune religion n’a le monopole de la vérité spirituelle: au contraire, les enseignements de tous les prophètes et saints sont l’héritage de l’humanité entière et doivent être partagés avec tous. «Ces religions ne sont que différentes voies vers le même sommet», explique Jaiseema. En ce sens naturel, il est acceptable pour un Sikh que furent incorporés des écrits de sages hindous ou soufis en cohérence avec la foi sikhe.
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| De jeunes étudiantes tout sourire rassemblées pour travailler la musique et les écritures saintes sikhes. |
ENTRE L’INTÉGRATION ET LA DISCRIMINATION
On compte environ 25 millions de Sikhs dans le monde, dont la plupart dans le Punjab actuel, près de la frontière indo-pakistanaise. Un million et demi vivent en Amérique du Nord, et parmi eux approximativement 300 000 au Canada. Si la majorité des Sikhs résident en Colombie-Britannique et en Ontario, on estime à 12 000 le nombre de Sikhs au Québec (la plupart résidant dans la grande région de Montréal). Cinq temples (gurudwaras) existent dans les environs de Montréal, le plus important se trouvant à Lasalle, pas loin du Centre Angrignon (voir photo) où tous sont les bienvenus.
Fait intéressant pour le Canada: alors que les Sikhs représentent moins de 2 % de la population indienne, on évalue à 50 ou 60 % la proportion des Sikhs parmi les émigrants d’origine indienne au Canada. C’est peut-être pourquoi Ujjal Dosanjh pu ainsi être nommé député provincial pour le NDP en Colombie-Britannique puis nommé 33e premier ministre de la province en l’année 2000.
La décision à l’unanimité de la Cour suprême en faveur de Gurbaj Singh Multani, rendue le 2 mars 2006, montre aussi l’ouverture du pays aux Sikhs. Désormais les jeunes Sikhs peuvent légalement porter le kirpan - à partir du moment où cette dague de moins de 14 cm demeure cousue à l’intérieur du vêtement et n’est portée que pour des raisons religieuses et symboliques.
Jaiseema ne ressent pas beaucoup de difficulté à être sikhe au Québec: «Ma vie sikhe est personnelle, mais de culture, je me considère québécoise.» Certes, son habillement ou certains principes de vie comme le fait de ne pas boire d’alcool, l’éloigne parfois de ses ami-e-s. Cela ne la fâche pas, au contraire: «Si je sors dîner avec des amis et que ceux-ci désirent boire un verre, il m’arrive souvent alors d’être désignée comme la conductrice», raconte-t-elle en riant.
L’intégration sociale de certains Sikhs au Québec n’est toutefois pas toujours aussi facile que pour Jaiseema, comme le rapport des communautés sikhes à l’attention de la commission Bouchard-Taylor le laisse entendre. Elle n’est sans doute pas plus difficile que pour d’autres groupes de minorités visibles au Québec, certes, mais il est vrai que les turbans sikhs sont facilement reconnaissables et servent aisément à la discrimination. Les plus récents — et pénibles — exemples de cette discrimination furent d’assimiler les Sikhs aux talibans afghans après le 11 septembre 2001. De nombreux cas de violence, voire de meurtres comme celui de Balbir Sodhi aux États-Unis le 15 septembre, furent recensés.
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| Des membres de la communauté sikhe en prière à l’intérieur du temple. |
Heureusement, cette violence est de bien moindre force au Québec. Elle existe toutefois encore quand certains demandent aux Sikhs de se conformer 100 % à la manière de vivre québécoise, niant par là le principe d’interculturalisme prôné dans la province. Ainsi demander aux Sikhs d’enlever leur turban, précisément, va peut-être trop loin. «Car c’est comme notre couronne, explique Jaiseema, tous les Sikhs peuvent le porter et nous en sommes extrêmement fiers.»
L’intégration sociale passe par l’intégration économique: mais à valeur égale, on préfère encore engager un «gars de chez nous» plutôt qu’un Sikh. Plusieurs histoires montrent que des médecins ou des comptables sikhs sont réduits à devenir chauffeurs de taxi, dénonce Dr. Manjit Singh, professeur à l’université McGill et rédacteur principal du document présenté à la commission Bouchard-Taylor.
«À la source des discriminations et des violences se trouve l’ignorance», analyse Jaiseema. L’une des solutions est alors l’éducation. Apprendre à connaître l’autre. Par exemple, il est intéressant d’apprendre que depuis l’achat d’une église à Montréal en 1986 où se trouvent des vitraux représentant des scènes chrétiennes, aucun de ceuux-ci ne fut détruit. D’autres ponts se construisent aussi entre le Québec et la communauté sikhe quand des groupes de futurs infirmiers et de policiers, ainsi que plusieurs groupes étudiants, viennent au Gurudwara de Lasalle pour mieux connaître les Sikhs.
«Je suis heureuse de pouvoir vivre au Québec, conclut Jaiseema. Je me sens québécoise et je suis fière d’être sikhe. Les deux vont très bien ensemble.»
Les cinq articles de foi – les cinq K
On parle souvent du Kirpan qui symbolise la volonté de Dieu, la défense de la justice et la dignité de la communauté sikhe. Or seuls les Sikhs baptisés (qui constituent 10 % de la communauté) doivent le porter. De même, pour les baptisés, quatre autres signes font partie de l’habillement sikh: avoir les cheveux et poils non coupés ni taillés (Kesh); garder un peigne dans les cheveux (Kangha) pour symboliser la propreté et la netteté; porter des sous-vêtements (Kacchera) ressemblant à des boxers qui symbolisent la décence et la chasteté; arborer un bracelet en fer ou en acier (Kara) qui protège le poignet et symbolise la retenue dans les actes.
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