|
Tremblement médiatique par
Louis Lesage
Les médias, à l’échelle de la planète, reflètent la marche du monde,
à la fois ce qui passionne l’humanité, ce qui la divertit, la fait vivre
et rêver, et aussi ce qui la déchire et la fait souffrir. Tout y est présenté.
Les points de vue sont multiples, fragmentés et souvent opposés. Ils sont
aussi un terreau où, malgré toutes les embûches, les intérêts contradictoires,
les affrontements, se façonne la conscience de l’humanité. Dans ce sens,
ils peuvent nous conduire à des interrogations sur l’originalité et la
pluralité des visions du monde dans une société éclatée où nous cherchons
quelques valeurs communes qui pourraient nous amener à vivre dans la paix
et dans l’harmonie.
Aujourd’hui, le volcan Internet pulvérise les structures
médiatiques et les manières de nous informer. Les médias traditionnels, particulièrement
les journaux, sont fortement ébranlés par les changements technologiques même
s’ils ont inventé de nouvelles façons d’interagir avec les utilisateurs. On
compte plus de 150 millions de sites Internet et 70 millions de blogues. Les
dernières études américaines démontrent que plus de gens s’informent par Internet
que par les journaux. En conséquence, quelques grands quotidiens américains
sont en péril, comme le Chicago Tribune, le Los Angeles Times et le New York
Times. Et signe avant-coureur de ce qui pourrait advenir dans bien d’autres
journaux, le Christian Science Monitor, un quotidien qui fait autorité particulièrement
dans l’information internationale, abandonne la forme papier pour être sur Internet.
Au Québec, le nombre de lecteurs a baissé dans les grands quotidiens, sauf à
La Presse.
LE GRAND DÉFI DU JOURNALISME
Face à cet environnement menaçant
aussi pour le journalisme, les membres de la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec (FPJQ) se sont interrogés, à leur congrès de décembre
dernier, sur la spécificité de leur profession dans un tel contexte. Ils
ont adopté un énoncé selon lequel le journaliste est celui qui s’engage à respecter
un guide de déontologie.
Les grandes valeurs proposées par ces codes ou guides
font à peu près l’unanimité sur un plan abstrait. Tout le monde s’entend
sur la recherche de la vérité, de l’impartialité, de l’objectivité, de l’équité
et de l’intérêt public. Mais il y des questions préalables qui se posent.
Qu’est-ce que l’on fait quand on fait du journalisme? Quel type de connaissance
de la réalité cherche-t-on? Qu’on le veuille ou non, même si on ne lit pas
les journaux tous les jours et si on ne regarde pas la télévision, chaque personne
est tributaire des médias pour sa vision quotidienne du monde. Il y là un
mode de connaissance et une culture de masse qui nous influencent tous considérablement.
Cette culture est elle-même de plus en plus fortement régie par des impératifs
économiques et politiques. Là encore, le grand défi du journalisme, c’est
de faire contrepoids. Mais un contrepoids documenté, analytique, responsable,
orienté vers le bien commun. C’est le fondement du journalisme.
QUALITÉ ET PERTINENCE
DE L’INFORMATION
Mais il y aussi une éthique du lecteurauditeur- téléspectateur-internaute.
À un moment où il n’y a jamais eu autant d’information qui circule, le problème
qui se pose au citoyen de bonne foi est d’évaluer la qualité et la pertinence
de l’information. On doit tenter d’en saisir les véritables enjeux pour le
mieux-être global de la société Le défi est de comprendre, au-delà des intérêts
des gouvernements, des groupes de pressions, et des différents types de lobby,
où se situe le bien commun.
Et pour ouvrir une tout autre piste de réflexion
dans un magazine sensibilisé aux valeurs culturelles et spirituelles, je
vous transmets la grande question que m’a refilée un ami quand il a appris
que je m’apprêtais à écrire une chronique Médias dans un magazine chrét ien:
«Comment une théologie spirituelle peutelle transformer une lecture de l’actualité?»
La réponse n’est pas pour demain, mais la poser peut ouvrir de nouveaux sentiers
de réflexion.
|