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Jésus dans le psychisme des Québécois par
Louis Lesage
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Sondage
Jésus dans le psychisme
des Québécois
Méthodologie • Questionnaire et résultats |
«Qui dit-on que je suis?», leur avait-il demandé
sur les routes de Galilée. Puis les disciples rapportent différentes
perceptions du personnage. «Pour les uns, tu es Jean-Baptiste; pour d’autres,
Élie, Jérémie ou quelque autre prophète.» «Ça va! Mais pour vous, qui
suis-je?»
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Le
dôme de la cathédrale de Montréal |
Aujourd’hui, la question interpelle encore. En 2010, les Québécois parlant
français ont aussi différentes idées sur le personnage: «Il est le Fils
de Dieu»; «Il est un modèle de vie»; «Il est un révolutionnaire»; «Il
est un illuminé »; «Il est un personnage inventé».
Ces opinions ont été
livrées lors du sondage CROP dont on peut lire les principaux
résultats dans ces pages. Le sondage contient des données sur le profil
religieux des répondants: foi ou non, appartenance et pratique religieuse.
Je m’en tiens ici aux réponses portant sur Jésus que j’ai fait lire à
quelques observateurs du fait religieux.
«Le personnage de Jésus est
encore bien ancré dans le psychisme des Québécois.» C’est le
premier commentaire qu’a formulé Soucy Gagné après étude du sondage CROP-express
de janvier dernier, effectué à travers le Québec. Monsieur Gagné
qui fut président de Sorecom et l’un des propriétaires de Multi Réso
appuie son affirmation sur quelques chiffres éloquents: 76 % des répondants
affirment bien ou assez bien connaître Jésus, 52 % sont intéressés
à en apprendre d’avantage sur Jésus, plus de 29 % le qualifient de modèle
de vie. Et Jésus continue d’impressionner 54 % des Québécois.
Soucy Gagné – qui a aussi participé gracieusement
à la confection du sondage – de conclure: «Après 2000 ans d’histoire
et les changements survenus dans la pratique religieuse au Québec, les
survivants de la crise religieuse québécoise pourraient se sentir moins
seuls. Attention toutefois car les jeunes se montrent moins impressionnés
(44 %) que les plus âgés (64 %). L’écart est important».
MAIS QUEL JÉSUS
?
Jean-Pierre Proulx continue de suivre l’évolution
du fait religieux au Québec. Pour l’ex-journaliste au Devoir et le professeur
retraité des Sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, le
sondage confirme que le nombre de croyants québécois diminue et que la
foi en Jésus continue de s’étioler.
Il est vrai qu’une large proportion
de Québécois dit connaître Jésus et que, fait étonnant, 65 %
des athées et des agnostiques affirment également le connaître. Chez
les catholiques en général, le pourcentage d’impressionnés est de 60
% et de 82 % chez les catholiques pratiquants. Fait surprenant, Jésus
suscite aussi respect et attention chez 30 % des agnostiques et des incroyants.
Cependant, 43 % seulement des catholiques le voient comme «Fils de Dieu».
C’est pourtant un article fondamental du Credo. La proportion remonte
à 57 % chez les catholiques pratiquants. La figure de Jésus comme «modèle
de vie» rejoint 29 % de tous les répondants, 22 % des athées
chez qui, cependant, le Jésus «révolutionnaire» est plus populaire (27
%) et le «personnage inventé» (23 %) suit de près. Son message d’amour
(35 %) et les gestes qu’il pose (26 %) émeuvent encore. Son enseignement
rejoint 48 % des non-pratiquants et 15 % des agnostiques et incroyants.
L‘auteur du rapport Proulx sur la place de la religion
à l’école conclut par ces remarques: «Ces données confirment un phénomène
observé depuis de nombreuses années dans divers sondages et enquêtes:
les croyants, même chez les pratiquants, composent pour ainsi dire leur
propre credo. Dans un précédent sondage mené en 2005, seulement 16 %
déclaraient croire en Dieu à la manière qu’enseignait l’Église. La moitié
disait y croire à leur propre façon. C’est manifestement là un effet
de la sécularisation dont l’une des caractéristiques est la perte d’influence
des autorités religieuses.»
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Scène du film Jésus de Montréal |
LA PERTINENCE DU PERSONNAGE
Sabrina Di Matteo est la jeune rédactrice en
chef de la revue Haute Fidélité, publiée par l’archevêché de Montréal.
Le désintérêt des répondants face au désir d’en savoir plus sur Jésus
la déstabilise. «Ce désintérêt marqué rend probablement compte d’un
sentiment de non-pertinence à l’égard du personnage Jésus et peut-être
plus largement, de ce qui l’entoure au plan des croyances et de l’institution-Église.»
Les pourcentages des répondants qui disent connaître Jésus ou qui
le reconnaissent comme Fils de Dieu ou comme modèle de vie ne l’impressionnent
pas non plus; elle se demande plutôt «si l’image de Jésus n’est pas
diluée par rapport au Jésus de l’Évangile qui appelle à une transformation
sociale profonde, au bénéfice des personnes fragilisées». Face à
cette confusion qui peut exister sur la perception de Jésus, la rédactrice
de Haute Fidélité pointe l’énorme défi pour l’Église de «démontrer
la pertinence de Jésus aujourd’hui».
L’Internet apparaît comme l’autre
moyen le plus populaire pour connaître Jésus (43 % des 18-34
ans, 48 % des 35-54 ans et 26 % des 55 ans et plus). Cliquer Jésus
sur Google nous indique qu’il y 248 millions d’entrées possibles
sur la toile (en millions: Michael Jackson 141, Elvis 49, Céline
Dion 19, Bouddha 1,2). L’anonymat de l’Internet explique en partie
sa popularité, nous dit la rédactrice de Haute Fidélité: «Cela permet
de s’approcher timidement de la tradition chrétienne, mais
en même temps tout y est placé sur le même plan. Le mot “évangélisation”
revient souvent lorsqu’on parle d’initiatives pastorales par
le Web, par Facebook ou Twitter. Rien de mal à profiter de la technologie
pour rejoindre le plus de monde possible, ajoute la rédactrice
en chef, mais avant de se lancer dans l’évangélisation par le Web,
je demanderais: “Qu’est-ce qu’évangéliser?”»
POUR TOI, QUI SUIS-JE
?
C’est dans la même direction que va le commentaire
de Brian McDonough, de l’Office de la pastorale sociale du diocèse
de Montréal: «Les évangiles enseignent que les réponses données à
des questions sur l’identité et la mission de Jésus soulèvent des
questions au sujet de ceux et celles qui ont osé répondre. Le sondage
CROP-Express de janvier 2010 ne fait pas exception à cette règle.
Les trois quarts des répondants affirment bien connaître Jésus, mais
au juste qu’est-ce qu’ils connaissent de lui?» C’est une première
question qui peut se tourner vers soi.
Jésus marchait sur les routes
de Galilée; il parcourt maintenant le Web, et est toujours
présent dans le psychisme des Québécois. Pourquoi Jésus fascine-t-il
encore?, c’est l’interrogation à l’origine de ce sondage et qui est
le thème du colloque annuel du Centre culturel chrétien de Montréal
(le 13 mars 2010). Peut-être que la seule et véritable manière d’y
répondre est encore une fois de se tourner courageusement vers soi
et de l’entendre nous interroger: «Ça va, tous ces sondages. Mais
pour toi, qui suis-je?» |