|
Et la terre n'en finit plus de trembler par Marie Gratton
 |
Société
Et la terre n'en finit plus de trembler |
Les géologues savent depuis longtemps où se trouvent les failles susceptibles de produire des tremblements de terre. Ils connaissent même souvent l'ampleur des désastres que le choc de deux plaques tectoniques peut provoquer, mais ils sont impuissants à prédire les moments où surviendront les cataclysmes. Si toutefois les bâtiments sont bien construits, si la zone n'est pas trop densément peuplée, si, à la première secousse, les gens sortent dans la rue, les pertes humaines seront moindres. Le pire aura été évité.
LE CHOC DES CULTURES
Il me semble que les suites désastreuses observées lors de certains tremblements de terre devraient nous instruire et nous aider, peut-être, à manifester plus de sagesse dans le traitement des chocs de cultures que vivent nos sociétés. J'aborderai ici deux enjeux très actuels si on en croit le battage médiatique dont ils font l'objet. Même si les deux problèmes qui m'intéressent semblent à première vue appartenir à l'univers des religions, il est évident qu'ils ébranlent aujourd'hui la société dans son ensemble. Il sera donc ici question de la montée d'un islam militant dans l'ensemble du monde – et chez nous particulièrement –, ainsi que du scandale de la pédophilie dans l'Église catholique.
L'islamisme voit dans l'Occident, dans sa culture, dans son mode de vie et de pensée, en un mot dans sa modernité et sa laïcité, l'incarnation même du Mal. Les islamistes sont d'ardents représentants d'un ordre patriarcal sans concessions. De son côté, l'Église représente en Occident le dernier bastion d'un système patriarcal triomphaliste et impénitent. Calqué au 4e siècle sur le modèle impérial romain, il s'est constitué comme une pyramide, dont les «simples fidèles» forment la base. Le pape en est le sommet, et semble n'avoir de comptes à rendre qu'à Dieu.
On rappelle périodiquement à qui songerait à s'en plaindre que l'Église n'est pas une démocratie. Les évêques sont responsables de la bonne marche de leur diocèse et des prêtres qui y exercent leur ministère. C'est un système bien rodé, mais non exempt de failles. On estime qu'il faut les taire; ainsi en est-il aussi de ses fautes. Leur révélation pourrait nuire, croit-on, à l'image de l'institution. On y cultive donc le secret. Or, si le culte du secret réussit un temps à colmater tant bien que mal une brèche, vient forcément un moment où le choc se produit entre cet univers clos et le monde moderne qui donne droit de cité à la démocratie.
Les systèmes démocratiques ne règlent pas tous les maux. Nous en faisons chaque jour l'expérience. Mais ils présentent des avantages indéniables sur tous les régimes s'apparentant aux monarchies absolues. La liberté de pensée et de parole y est considérée comme un bien inaliénable. Est-on insatisfait d'un gouvernement, on peut le renverser aux prochaines élections. La presse peut nous informer de ses abus de pouvoir, de son favoritisme politique, voire de ses fraudes électorales. Et j'en passe.
LE CHOC ENTRE UN RÉGIME IMPÉRIAL ET LA DÉMOCRATIE
La crise terrible que traverse l'Église actuellement constitue une démonstration des failles de son système de gouvernement. Depuis de nombreuses années, elle connaît l'existence d'une faille dans sa forteresse que le mur de silence, puis de dénégation, qu'elle a élevé pour la cacher, n'a fait qu'élargir: elle compte dans ses rangs un certain nombre de prêtres pédophiles. Elle sait que la pédophilie est plus qu'une faute, plus qu'un accroc aux engagements du célibat sacerdotal. Elle sait que c'est un crime. Mais il y a plus. S'il est un passage de l'évangile qui aurait dû éclairer la conscience des responsables de l'Église, c'est une mise en garde extrêmement explicite faite par Jésus aux disciples, ceux-là mêmes dont le clergé est censé poursuivre l'oeuvre. C'est à eux qu'il dit qu'il est inévitable que des chutes se produisent… mais, si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer. À quoi pouvait-il bien penser en prononçant une aussi violente sentence, reprise par les trois évangiles synoptiques? (Matthieu 18, 6-7; Marc 9, 47; Luc 17, 1-3). À quoi, sinon à la pédophilie, un vice certainement honni chez les juifs, mais toléré dans la culture gréco-romaine. Un vol de figues commis devant un enfant ne pouvait certainement pas mériter la meule au cou. Pourtant, la hiérarchie catholique a trop longtemps cherché et réussi à soustraire les coupables à la justice civile. Sans les pressions exercées par la presse et l'opinion publique, le haut clergé aurait-il cessé de se rendre complice de ce déni de justice à l'égard des victimes, de leurs familles et de toute la société?
Les dirigeants de l'Église savent pourtant que les personnes accusées de pédophilie ont droit à un procès mené selon les règles juridiques en vigueur dans les pays démocratiques. Elles sont présumées innocentes jusqu'à ce que leur culpabilité soit prouvée. Si elle l'est, elles sont condamnées à une peine proportionnée à la gravité de leurs offenses et au nombre de leurs victimes. Pourquoi l'Église crie-t-elle à un complot de la presse pour la discréditer quand cette dernière révèle que des évêques ont soustrait à la justice civile des prêtres dont les crimes leur étaient connus et ne faisaient aucun doute? Changer le délinquant de paroisse, lui conseiller une vie de prière et de pénitence ou lui conférer une charge honorifique dans les officines vaticanes, il n'en faut pas tant pour créer un choc, et un scandale de surcroît, pour ne rien dire de la tristesse et de la déception des «fidèles» qui, tout «simples» qu'ils soient, n'ont pas perdu tout sens éthique. Certains prêtres ont été, pour les punir, «réduits à l'état laïc». Dans le monde clérical, c'est l'ultime sanction, et les mots qui la décrivent sont révélateurs. Réduit, est un terme, ici, qui en dit long.
Le désastre était prévisible. Le feu couvait depuis longtemps sous la cendre. Faire connaître au public, en leur temps, les mesures prises pour éviter les récidives et atténuer les séquelles chez les victimes, aurait pu éviter le pire. On a jugé que permettre à la justice civile de suivre son cours, obligeait à rompre le silence et faisait courir le risque de la réprobation. Aujourd'hui, c'est non seulement la faute qui est réprouvée, mais, plus encore, le zèle déployé pour la cacher, ensuite pour la nier et pour en réduire la gravité, puisqu'on la déplorait aussi hors du monde clérical. Cela sans compter qu'on a négligé gravement les mesures les plus élémentaires de prévention, et laissé les victimes et leurs familles sans appui pour les graves torts subis. La presse n'a pas créé le problème, elle l'a révélé. Elle a mis à mal le culte du secret.
Un système impérial et une démocratie se sont heurtés, et la terre n'en finit plus de trembler.
LE CHOC ENTRE L'ISLAMISME ET L'OCCIDENT
Le monde arabe a laissé à l'Occident un riche héritage culturel. Pendant des siècles, il fut une terre où fleurissaient les sciences, la philosophie, la poésie et l'art. Tout en s'entrechoquant, nos deux cultures se complétaient et s'enrichissaient mutuellement. Nous avons tendance à l'oublier, comme il arrive à certaines personnes de penser que tous les Arabes sont musulmans ou que tous les musulmans sont arabes. Cette première confusion est fâcheuse, mais il en est une infiniment plus grave: imaginer que tous les musulmans sont islamistes, et entretiennent dans leur for intérieur, l'ambition d'envahir l'Occident et d'y imposer la charia. Hélas! il est vrai que les islamistes radicaux sont prêts à tout, quant à eux, pour arriver à leurs fins! Même au suicide, réprouvé par l'islam modéré.
Pour les croisés du Moyen Âge, les «infidèles », c'étaient les disciples de Mahomet; pour les islamistes militants d'aujourd'hui, les «infidèles», ce ne sont pas les chrétiens, ce ne sont même pas les juifs qui vivent parmi nous, et qui partagent les valeurs de notre société, ce sont les Occidentaux. Ils sont l'incarnation du Mal. Leur culture ne promeut-elle pas la liberté de pensée, la liberté de parole, la liberté religieuse, la séparation de l'Église et de l'État et l'égalité entre hommes et femmes, peut-être la plus dangereuse de toutes les calamités? Le principe de l'égalité ne permet-il pas aux filles de s'instruire, aux femmes de choisir qui elles épouseront, de sortir seules dans la rue, d'y circuler tête nue, et même le visage découvert? Le Prophète accordait certes un immense pouvoir aux hommes, mais il serait sans doute étonné de voir à quel état pitoyable les fanatiques islamistes ont réduit les femmes.
En ai-je assez dit pour vous convaincre que les islamistes n'ont pas dans leur mire les religions chrétienne ou juive, mais la culture occidentale? Nous ne sommes pas engagés à notre corps défendant dans une guerre de religion, mais dans un fracassant choc culturel. Chez nous, ce choc frappe de plein fouet nos acquis, tout particulièrement au chapitre de l'égalité entre hommes et femmes.
On m'objectera peut-être qu'il est des pays, citons l'Indonésie à titre d'exemple, où les musulmans profitent du fait qu'ils sont largement majoritaires pour persécuter les chrétiens avec une violence qui fait peur. Cela a toutes les apparences d'une guerre de religion, et pas grand-chose d'un choc culturel. Mais mon propos veut s'en tenir à ce qui se passe dans un Occident, qui est certes de tradition chrétienne, mais qui se définit plutôt dans les faits comme une société laïque et démocratique. Société imparfaite dans ses moeurs politiques et personnelles, mais dotée des moyens de les corriger.
L'écart est si grand entre la façon dont vivent les femmes en Occident et celle prônée par les islamistes: dans les libertés qu'elles ont ou qu'elles prennent, dans la manière dont elles occupent l'espace public, dont elles conçoivent leurs rôles familiaux et sociaux,... Il était inévitable que la venue chez nous d'un nombre important de musulmans ait occasionné un choc culturel, tant aux nouveaux arrivants qu'à leur société d'accueil. Ce sont les femmes qu'on a en quelque sorte prises en otage dans cette confrontation. À travers elles, l'Occident réapprendrait ce qu'est l'ordre patriarcal. Aux hommes les droits, aux femmes les devoirs. La soumission que l'islam doit à Allah, les femmes l'incarneraient ostensiblement. Le voile en serait le symbole.
À la liberté chérie des Occidentales s'est heurtée la soumission imposée aux musulmanes par les imams islamistes, et la terre n'a pas fini de trembler.
UN PETIT CONSEIL
Voici l'été, le temps des vacances. Je me risque à donner ici un conseil à mon lectorat féminin. Si vous songez à une destination exotique, par prudence, évitez l'Iran. Le pays est le théâtre d'attentats, mais c'est aussi une zone très exposée aux secousses telluriques. Des failles, encore elles, lézardent son territoire. Mais les tremblements de terre sont maintenant rendus plus fréquents par les tenues inconvenantes des femmes dans l'espace public, selon ce qu'en a dit un imam dans un de ses prêches enflammés, en avril dernier. Elles se dévoilent, et la terre tremble! De grâce, Mesdames, Mesdemoiselles, avec vos tenues légères, n'allez pas déclencher là-bas des cataclysmes! l'Iran est déjà assez éprouvé! |