|
Une porte ouverte par Pierre Pelletier
 |
Spiritualité
Une porte ouverte |
Il y a 50 ans, en septembre 1960, le couvent des Dominicains ouvrait ses portes sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine. C'était, pour les Dominicains canadiens, la réalisation d'un vieux rêve: une présence importante et visible dans le voisinage immédiat de l'Université de Montréal. Rêve ancré dans des souvenirs profonds, en particulier celui de saint Thomas d'Aquin à l'université de Paris et à celle de Bologne. Certains en avaient construit presque un délire: les Dominicains seraient au coeur de l'université, comme la théologie au coeur des sciences et de tous les savoirs…
 |
| Couvent des Dominicains sur la Côte-Saint-Catherine |
Mille neuf cent soixante, c'était encore l'époque de l'Église triomphante: on construisait des églises à Montréal et de grandes maisons pour les religieux! Il y avait 120 chambres au couvent Saint-Albert-le-Grand, une église, un Collège de philosophie, un tout nouvel Institut de pastorale, des sommités, une bibliothèque prestigieuse, une grande librairie, un gymnase, une piscine, un auditorium. Et l'édifice fut très vite payé par les nombreux donateurs.
Personne ne se doutait de ce qui attendait cette Église triomphante: le départ de plusieurs dominicains, la raréfaction des vocations religieuses, le déclin des retraites paroissiales, l'augmentation du nombre de laïcs dans les facultés universitaires où les fils de saint Dominique avaient joué un rôle prépondérant: philosophie, psychologie, sciences médiévales.
On savait que c'était le temps du changement: on parlait de plus en plus d'oecuménisme, d'ouverture aux autres grandes religions, de réforme liturgique, d'art sacré avec de grands artistes non-chrétiens, de spiritualité des laïcs, de la bonté, de l'argent, du corps et du sexe. En filiation inconsciente avec la Jeunesse étudiante catholique de 1950, il fallait s'occuper de politique, d'économie et du monde laïc qui commençait à naître autour de nous.
Il fallait en même temps renouer avec les plus pures traditions chrétiennes et s'insérer dans le monde tel qu'il est et tel qu'il était en train de devenir: autour de nous naissait la Révolution tranquille à laquelle nous ne voulions pas rester étrangers. Avec la mort de Pie XII, l'avènement de Jean XXIII et la convocation d'un concile, tous les espoirs étaient permis, même les plus naïfs.
Pour plusieurs d'entre nous, l'Église devait, comme une chenille, se délester de sa vieille carapace et renaître toute fraîche, vulnérable mais vivante. Chacun souhaitait, sans pouvoir encore le formuler, une révolution tranquille de l'Église catholique, qui a, pendant des siècles, fait corps avec le peuple québécois.
VERS LA PRESSE ÉCRITE
C'est à cette tâche immense que se sont voués un certain nombre de dominicains, sous l'inspiration de maîtres comme Jean- Paul Audet et Fernand Dumont. Le nouvel Institut de pastorale, en plus d'offrir aux prêtres un supplément de formation, se tourna très tôt vers l'écrit, et ainsi naquirent Liturgie et vie chrétienne, Communauté chrétienne, et, un peu plus tard, Maintenant.
C'est Présence magazine qui prit la suite de Communauté chrétienne. Changement de nom, changement de format, mais aussi changement de style, voire de genre. Changement économique aussi – signe des temps – puisque le magazine est maintenant financé par plusieurs communautés religieuses qui partagent l'esprit originel du magazine. Le magazine est venu parfois près de disparaître, mais j'ai toujours eu l'impression qu'on a veillé sur lui comme sur un bébé, puis un adolescent, différent des autres, mais précieux et irremplaçable.
Le magazine offre une remarquable couverture de presse qui ouvre sur le monde, des articles de journalistes professionnels, des dossiers parfois imposants sur des sujets chauds, des réflexions sur la société actuelle, l'éthique et l'Église, des entrevues avec des femmes et des hommes connus, chrétiens ou non, qui vivent de façon originale les valeurs évangéliques. Même les jeunes y ont voix au chapitre, comme Xavier Gravend-Tirole et Simon Letendre, qui tous deux nous écrivent en parcourant le monde. On aura noté que la presque totalité des collaborateurs sont des laïcs, pas nécessairement catholiques.
ÊTRE PRÉSENTS SANS DOMINER
Dans cette chronique de spiritualité un peu spéciale pour l'occasion, je n'irai pas jusqu'à dire que la lecture de Présence magazine est un exercice spirituel . Elle peut être un enrichissement spirituel quand on y trouve de belles écritures et de belles photos. Ayant choisi d'être un magazine d'information et de réflexion sur l'actualité, Présence magazine n'est ni un bulletin d'information ni un journal de combat. Il est une porte ouverte sur les sociétés, les Églises et les humains qui croient que la religion n'est ni immuable ni coupée du monde, mais qu'il y a de l'Absolu quelque part et que l'être humain ne vit pas seulement de pain. Présence magazine a relevé un défi important de notre histoire: démontrer comment, comme chrétiens et catholiques, être présents sans dominer, sans contrôler. Un grand témoignage… |